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TOME III
COMPORTEME T -SOCIALlTÉ -ÉCOLOGIE ÉVOLUTIO -SYSTÉMATIQUE
P IERRE-P AUL GRASSÉ
1895 -1985
TERMITOLOGIA Tome 1. -Anatomie -Physiologie -Reproduction. Tome 2. -Fondation des sociétés -Construction.
DU MÉME AUTEUR
Direction et co-rédaction du TRAlTÉ DE ZOOLOGlE (37 volumes parus depuis 1948). PRÉCIS DE ZOOLOGIE, 4 volumes, Masson, 1976. BIOLOGlE MOLÉCULAIRE, MUTAGENÉSE, ÉVOLUTIO , Masson, 1978. ABRÉGÉ DE ZOOLOGlE, 2 volumes, Masson, 1985.
LA VIE DES ANIMAUX ET LE PLUS BEAU BESTlAIRE DU MONDE, Larousse, 4 volumes, 1968-1970. TOJ, CE PETIT DIEU, Albin Michel, 1971. L'ÉVoLUTION DU VrvA T, Albin Miche1, 1973. LA DÉFAlTE DE L'AMOUR OU LE TRIOMPHE DE FREUD, Albin Michel, 1976. PETIT BRÉVIAIRE DE LA GASTRONOMIE PÉRIGOURDINE, Éditions Fanlac, Périgueux, 1978. L'HoMME EN ACCUSATION, DE LA BIOLOGIE A LA POLIT1QUc, Albin Michel, 1980.
TOME III
par
PIERRE-P. GRASSÉ
Membre de /'Académie des Sciences
París ew York Barcelone Milan Mexico Sao Paulo
1986
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CHAPITRE PREMIERo -GénéraJités sur le comportement des Termites.
Le comportement des !sopteres et ses gral/des composal/teso Les aC/Íl'ités élé
mellfaires.
Réactions á la lumiere, 1. Réacliolls des 10/'ves, ollvriers el soldals, 2. La plIOIO phobie, 2. La phototaxie posilive, 3. Réactions á la gravité : géotropisme, 4. Hygrotropisme, 5. La thermotaxie et le preferendum thermique, 6. Champ magnétique terrestre et comportement, 70 lntégration des réactions élémentaires dans les complexes instinctifs, 7.
Le comportemel/t des soldats de Termites, comportemellfs agressifs et défel/sifs excluso 8
Apprel/tissage social selol/ Goldberg. 10
BIBLlOGRAPHIE . 12
C HAPITRE 11. -La socialité et son déterminisme 14
La t"ése danvil/iel/l/e el sociobiologique o 14 La t"ése de l'illferattractiol/ sociale. 19
L 'interattraction sociale chez les Termites, 20.
Rapports ellfre la socialité el la sexualité . 23
La famille et la société des Termites . 25
P"ylogél/ie el socia lité . 26
Les régulatiol/s sociales. 29
L 'isolemel/t des Termites et ses cOl/séquel/ces. 30
Les différel/ces elltre les comporternellfs des Il/sectes solitaires et des ll/sectes
sociaux . 32
Terrnitiére el superorgal/isme . 35
BIBLlOGRAPHIE . 37
C HAPJTRE 111. -Les rapports interindividuels. 41
Rapports el/tre ollvriers 41
TABLE DES MATIERES
La prise de contact entre individus, 41 ; Le léchage, 43.
Rapports elltre les ouvriers et le couple royal. 46
Attraction et stimulation que la reine exerce sur les ouvriers, 46. Léchage de la reine par les ouvriers, 46. Gavage de la reine, 48. Réception des ceufs et léchage de la région ano-vulvaire de la reine, 48. Comportement anormal des ouvriers de Bellicositermes autour de la reine : le carrousel, 49. Rapports des ouvriers avec le couvain et avec les l2ufs . 51 Rapports des ouvl'Íers avec les soldats ou avec les lar ves ágées. 52 Les communications interindividuelles par vibrations mécaniqlles. 54 Les commulIicatiolls chimiqlles . 61
BI BLlOGRAPH IE . 61
CHAPITRE IV. -Recherche et récolte des aliments. L'orientation des colonnes de récoltants ; les pistes et leurs marquages 63
Généralités, 63. Especes habitUl/t dans la masse alimentaire : le bois ou l 'humus. 64 Especes qui sortent de leur nid en quete de nou/'l'iture sans s'exposer ti [,air libre . 64 Les Macrotermitinae qui substituellf « in situ » de l'argile ti l'alimellt qu 'ils ont prélevé 65 Les Termites fourrageurs 65 Les Hodoterllles : pistes et orientation, 66. SchedorllÍlloterm~s derosus, fourrageur australien, 69. Les Nasutitermitinae fourrageurs, 70. Les Macrotermitinae, 77. Les Amilermes (fourrageurs australiens), 83. Rapports des colonnes de fourrageurs avec leur nid, 85. Les colonnes de fourrageurs et le marquage des pistes. 86 Pistes et phéromones, 86. ature chimique de la phéromone de piste. 89. Le balisage des pistes par les excréments, 93. Les routes permanellfes des Macrotermitillae. 94 La polarisation des pistes. 96 BI BLI OG RAPHIE 97
CHAPITRE V. -Défense de la société le nid, l'alarme, les armes, I'agressivité 102
Remarques pré/imillaires, 102. Le nid en tallt que moyen de défense . 103 Déjense el réactions agonistiques. 104 Généra/ilés, 104. Les stimuli d'alarme et les réactions agonistiques des habi tants de.la termitiere, 105. L'hostilité intraspécifique, 106. L 'hostilité inter spécifique, 109.
TABLE DES MATIERES V II
Les compol'femellts défellsifs des soldats. 111
Gélléralités, 111. L'arme mandibulaire, 113. La phragmose, 114. L'arme salivaire, 114. La glande [rontale : glande défensive, 119. Les familles et sousfamilles d'lsopteres el les produits élaborés par la glande frontale de leurs soldats, 125. Substances toxiques el systémalique, 131. La prémunition des ouvriers de Rhinotermitinae a I'égard des poisons frontaux élaborés par les soldats, 136. Autres remarques sur les secreta frontaux, 136.
Les degrés de pllgllacité el le polyéthisme des soldats . 137
Les comportemems défellsifs des ouvriers. 139
La fermeture de la termitiere, 139. Les matieres fécales et le contenu intestinal,
140. Gastrotomie réflexe, 140. Remarques sur les conduites suicidaires des soldats et des ouvriers de Termites, 141.
Les comportemellts défellsifs des lar ves et des sexllés ailés Oll fOllctiollllels. 142 Le territoire et l'agressivité. 143 BIBLiOG RAPHIE 146
CHAPITRE VI. -Prédateurs et parasites des Termites 153 Les Mammiferes termitopltages . 153 Ordre des Tubulidentidés, 153. Ordre des Phol idotes ou Pangolins, 155. Ordre des Carnivores, 157. Ordre des Xénarthres, 158. Ordre des Insectivores,
159. Marsupiaux el Échidnés, 160. Les Oiseallx . 160 Autres Vertébrés 160 Oiseallx et lllsectes illquilills 160 Les lllsectes ellllemis des Termites. 164 A utres lllvertébrés prédatellrs ou parasites de Termites . 178 Les Protozoaires 181 Les cltampigllolls parasires des Termites. 190 Les Labou1béniales, 190. Les Termitariales, 193. « L'Antellllopsis ga/lica », 200. La contamination artificielle des Termites par des champignons pathogenes (Entomopthoracés et autres), 202. Les Spirocltétales des Isopteres . 205 Célléralités, 205. Structure des Spirochetes termiticoles, 205. Les Spirochétes termiticoles, 207. Spirochetes libres dans la lumiere de I'intestin postérieur et de la panse rectale, 207. Spirochetes fixés a la paroi intestinale, 211. Spiroclletes fixés aux Zoojfage/lés termiticoles, 212. Autres Scltizopltytes illtestillaux des Termites 218 Les Fusiformis, 218. Autres Bactéries de la veture schizophytique, 219. Les bacilles flexibles, 221. Les bactéries filamenteuses, 222. Les Bactéries patlzogbles 225 BIBLlOGRAPHIE . 225
| VIII | TABLE | DES | MATlERES | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| CHAPITRE VII. | -Termitophiles et termitophilie | . | 235 | |||||||
| Remarques prélimillaires, 235. Les carégories de termitophiles, 235. | ||||||||||
| Ol'dre des Col/emboles . | 237 | |||||||||
| Cyphodérines vivant dispersées dans la termitiere ou sur les meules a champignons, 238. Les Collemboles termitophiles voleurs de nourriture, 240. Collemboles vivant sur les tas de sciure de bois dans les grands nids de Macrotermitinae, 240. | ||||||||||
| Ordre des Thysallollres. | 243 | |||||||||
| SOlls-Ordl'e des Blattodea . | 245 | |||||||||
| Ordre des Ortl!opteres. | 246 | |||||||||
| Ordre des Hémipteres . | 247 | |||||||||
| Ordre des Thysallopteres 011 Thrips | 249 | |||||||||
| Ol'dre des Corl'odemia Oll Psoqlles | 249 | |||||||||
| Ordre des Nellropteres. | 249 | |||||||||
| Ordre des Hyméllopteres | 250 | |||||||||
| Famille des Braconidae, 250. Famille des Diapriidae, 251. | ||||||||||
| Ordre des Dipteres. | 252 | |||||||||
| Famille des Termitomastidae, 252. Famille des Pho ridae, 253. Sous-famille des P/lOrinae, 254. Sous-famille des Me/opillae, 255. Sous-famille des A/amarillae, 259. Fa mille des Termitoxeniidae, 259. Caracteres allaromiques, 262 ; Cyc/e vi/al, 262; La larve e/ le développemell/ larvaire, 267 ; Érhologie, 268. Famille des Thaumatoxenidae, 275. FamilIe des Anthomyidae, 275. | ||||||||||
| Ordre des Lépidop/eres. | 278 | |||||||||
| Famille des Tineidae, 278. | ||||||||||
| Ordre | des | Co/éopteres . | 280 | |||||||
| Famille des Staphylinidae, 280. Gélléralirés, 280. La physogas/rie de cer/aills S rap/¡ylills termirophiles, 283. Larves des Aleoc/wrillae termitop/¡iles, 286. Les glalldes régll/1/en/aires des Srap/¡ylins /ermi/op/¡iles, 289. L es glandes régllmelllaires de quelques raXOIIS, 291. Les rappor/s S/ap/¡ylills-Termites, 296. Systématique des Staphylinidae termitophiles, 306. SOlls-famille des Aleocharillae. 306. Sous-famille des Pygos/ellillae, 319. SOl/s-famille des TrichopseIliillae, 319. SOlls-famille des Tac/¡yporillae, 321. SOl/s-famille des Hypocyp/llillae. 321. SOl/s-fami/le des Oxy/elillae, 321. SOlls-famille des Paederinae, 321. SOI/Sfami/le des Sraphylinae, 321. COMMENTA IRE, 322. Famille des Melandryidae, 322. Famille des Anobiidae, 330. Famille des Cantharidae, 330. Famille des Lathridiidae, 330. Famille des Silphidae, 330. Famille des Scaphidiidae, 330. Fa mille des Pselaphidae, 331. Famille des Histeridae, 332. Famille des Chrysomelidae, 333. Famille des Scarabaeidae, 333. Famille des Ptiliidae, 336. Famille des Endomychidae, 336. Famille des Tenebrionidae, 337. Famille des Rhyssopa ussidae, 338. Famille des Elateridae, 338. Super-famille des Caraboidea, 338. | ||||||||||
| Termites | et Zorap/eres. | 342 | ||||||||
| Classe des Aralléides | . | 342 | ||||||||
TABLE DES MA TIERES IX
Sous-classe des Diplopodes 343 Classe des Crustacés . 343 Farnille des Trichoniscidae, 344. Famille des Titaniidae, 345. Famille des Squamiferidae, 346. Remarques gél/érales sur la tennitop/¡ilie 347 BI BLIOGRAPHIE . 351
CHAPITRE VI l!. -Écologie des Isopteres . 368 Rapports des Termites avec le climal 368 Les nids et le climat général, 368. Les limites thermiques entre lesquelles vivent les Termites, 369. Les adaptations aux conditions climatiques, 372. Écologie el distributioll spatiale . 373 Nécessité d'ul/ milieu dc/¡e el/ cellulose. 377 Populalioll el qual/tilé d'alimel/ts cOl/sommés. 378 Varialions du régime alimentaire, 381. Bilal/ énergétique, 381. L 'actiol/ des Termites sur la gral/de forel africail/e. 384 Généralités, 384. Le role pédologique des Pseudacalll/¡olermes, 385. Le role des Termites humivores, 388. L'action agrologique des Termites sur les soIs forestiers, 396. L 'actiol/ des Termites sur les soIs de saval/es Oll de steppes. 398 Généralités, 398. Composition pétroIogique des nids, 398. Le devenir des nids, 402. Rapports des grandes termitieres africaines avec les soIs, 402. Le choix el I'origine des matériaux minéralogiques, 406. L 'hydro!ogie des grandes lermitiéres de Bellicositermes, 412. La genese de nouveaux soIs, 419. Valeur agrologique des soIs termitiques de savanes, 420.
La couverture végétale des Termitiéres . 423
Flore des termitieres vivan tes, 424. Flore des termitieres mortes, 425. Les champignons saprophytes des termitieres, 426. La végétation des sites á Termites en Afrique australe, 426.
Termiti¿res fossiles el latéritisatiol/ • 428
Historique, 428. Recherches de Teissier sur les Termiles fossiles de Dakar, 430. Aulres termitieresfossiles (Asie, Brési!), 434. Les latériles lermitiqlles de l' Al/gola el les recherc/¡es de Barros Machado, 435.
Les Tennites el la formation des ballxites . 438
BIBLIOGRAPH IE .
438
CHAPiTRE IX. -Origine et évolution des Isopti~res . 446
Hisloriqlle sllccincl, 446. Origil/e des Termiles . 446
x TABLE DES MATlERES
Recherches et théories de . Holmgren, 447. Recherches et théorie de Martynov. Travaux de Tillyard, 449. Sur quelques Termites qualifiés d 'archa"iques,
459. L 'évollltion dans l'Ordre des Termites . 460 Phylogénie des Familles et Sous-familles, 460. Les denticules mandibulaires témoins de I"évolution, 463. Les soldats et la phylogénie, 470. L'évolution des Isopteres n'a pas été régressive, 471. Le soldat des Termites et le probleme évollltionniste de son origine. 473 La spéciation 478 Composifioll chimiqlle des secreta jrollfallx el phylogénie, 486.
BI BLJOGRAPHIE . 489
CHAPITRE X. -Systématique et répartition géographique des Termites 492 Aperfll historiqlle . 493 Ordo Isoptem Brllllé, 1832 496 Famille des Mastotermitidae 496 Famille des Termopsidae . 498 Sous-famille des Termopsinae, 498. Sous-famille des Porotermitinae, 500. Sous-famille des Stolotermitinae, 500. Sous-famille des Cretatermitinae, 501. Famille des Hodotermitidae 503 Famille des Kalotermitidae 506 Famille des Rhillotermitidae 518 Sous-famille des Psammotermitinae, 518. Sous-famille des Heterotermitinae,
519. Sous-famille des Coptotermitinae, 523. Sous-famille des Prorhinotermitinae,
524. Sous-famille des Terrnitogetoninae, 526. SJus-famille des Stylotermitinae, 527. Sous-famille des Rhinotermitinae, 529. Famille des Serritermitidae 530 Famille des Termitidae. 533 Sous-famille des Macrotermitinae, 534. Sous-famille des Termitinae Sjoestedt (modifiée), 549. Sous-famille des Apicotermitinae, 573. Sous-famille des Nasutitermitinae, 588. Lignée Procornitermes-Naslllitermes, 597. Ligllée Pqracomilermes-SlIblllitermes, 60S. RépartitiOIl géographiqlle 610 BIBLIOG RAPHIE 611
CHAPITRE XI. -Les Termites et I'Homme 635 Les théories sociologiqlles . 635 Les Termites et I'Homme. L'Homme et le modete animal. 636 L 'aetion destrllctriee des Termites. 642
TABLE DES MATIERES
Especes slriclement xy7ophages, 642. Especes /llImivores, 645. Especes qlli allaqllelll les végélallx vivallls, 645.
BIBLIOG RAPHIE .
CHAPITRE Xl!. -Compléments aux Tomes 1 et II
Tome 1
Composition chimiqlle de la cllticllle, 647. La microsclllp/llre des ailes, 648. Chapitre VlI : Les organes des sens, 652. Inllervation des antenlles de Reticulitermes lucifugus santonensis, 652. L es sensilles antellnaires de Kalotermes f1avicollis, 653. Recollllaissance par I'odorat, 655. Chapitre VIII : Appareil digestif, 656. Structllre dll gésier, 656. Chapitre IX : Les aliments brllts, 661. Régime alimentaire des Procornitermes, 661. Les SOllrces d'azo/e, 661. Fixation de l'aIOle afl1lOsp/¡ériqlle, 663. La prodllclion de méthane, 664. Chapitre X : La digestion du bois, 665. Les ellzymes de la pallse rectale. DigeSlion e/ jermenta/ion, 665. Chapitre XIV : Appareil respiratoire, 668. Chapitre XX : Les chromosomes, 670. SlIr les sperma/ozoides des Isop/eres, 674. Chapitre XX[[ : Le développement postembryonnaire et le polymorphisme social, 678. Dé/ermillisme endocrinien du polymorp/¡isme, 678. S exués erga/oides, 679.
Tome II .
Chapitre 1 : Les castes et leurs caraciéristiques. Le polyéthisme, 680. Au/orégulatioll démographique des so Ida Is, 680. Fonda/ion el développement de la sociélé de Cubitermes fungifaber, 684. Comporlemelll dalls les jelllles socié/és,
686. Les rapporls nllmériques des solda/s ef des mi/res membres de la socié/é, 686.
Chapitre II : La physogastrie des reines, 687. Chapitre 111 : La fondation des nouvelles sociétés, 687. L 'essaimage des Coptotermes, 687. FOllda/ion des socié/és e/ lIombre des sexllés reproducleurs, 688. L e lIombre des sexués néo /éniques, 690. Socié/és mix/es, 691. Chapitre IV : Longévité. Poplllations, 691. Chapitre V : La construction et I'architecture des nids. Activités vides, 691. COlIs/rllcfiollS des Maslolermilidae, 691. COlIslruclions des Helero/ermilinae, 692. COlIsfruclions des Hodo/ermilidae, 692. COl/s/me/ions des Maero/ermilidae. 692. Chapitre IX : Constructions des asutitermitinae, 693. Addendum au Chapitre II du présent Tome, 693.
r. DEX.
XI
645
647 647
680
695
Définition et historique. La tete et ses appendices. Le cou, le thorax et les appendices locomoteurs. L'abdomen. Les téguments. Les glandes tégumentaires. Le systeme nerveux. Les organes des sens. L'appareil digcstif. Les aliments bruts. La digestion du bois. Les aliments élaborés et la trophallaxie. L'appareil respiratoire et la respiration. L'appareil circulatoire. Le tissu adipeux ou corps graso Les organes excréteurs et l'excrétion. Les glandes endocrines. Les organes génitaux. Les chromosomes. Développement embryonnaire et parthénogenese. Le développement post-embryonnaire et le polymorpnisme social.
Les castes et leurs caractéristiques. Le polyéthisme.
La physogastrie des reines.
La fondation des nouvelles sociétés.
Longévité. Populations : recensement et fluctuations saisonnieres.
La construction et l'architecture des nids. Constructions des Termites non Termitidae.
Constructions des Termitidae. I. -Termitinae.
Constructions des Termitidae. n. -Macrotermitinae.
Constructions des Termitidae. IlI. -Apicotermitinae.
Constructions des Termitidae. IV. -Nasutitermitinae.
Les constructions hors du nido
Réparation, reconstruction et remaniements internes du nido Coordination des taches individuelles et comportement stigmergique. Le déterminisme du comportement constructeur.
L'inquilinisme et les sites a Termites.
Le microclimat des termitieres.
CHAPlTRE PREMIER
SUR LE COMPORTEMENT DES TERMITES
Comme chez tous les Insectes, qu'ils soient solitaires ou sociaux, le comportement releve de l'automatisme, ce qui signifie qu'il est inné et que ses parties sont sous la dépendance de genes ou segments d'acide désoxyribonucléique.
Dans les tomes 1 et II de ce Traité, divers comportements ont été étudiés en détail : l'essaimage avec sa suite normale, la fondation d'une nouvelle société, la construction et la réparation du nid, la construction des meules a champignons, les échanges trophallactiques. L'activité des Isopteres ne se borne pas aeux, car elle implique des activités élémentaires, des rapports interindividuels et la défense de la termitiere.
1. -LE COMPORTEMENT DES ISOPTERES ET SES GRANDES COMPOSANTES. LES ACTIVITÉS ÉLÉMENTAIRES
Comme tout animal, le Termite présente des réactions innées du type réfiexe ou taxies ades stimulations physiques ou chimiques. Ces réactions qui se manifestent par une translation de l'individu soit vers la source stimulante, soit a l'opposé de ladite source, ne sont jamais segmentaires. Elles s'inserent de différentes fa<;ons dans le comportement de l'Insecte et varient au cours de la vie individuelle, surtout lorsqu'il s'agit des sexués.
1. -RÉACTIONS A LA LUMIERE
Un des caracteres qui frappe l'observateur est la fuite des Termites devant la lumiere. La lucifugie est une réaction quasi générale de ces Insectes. Il y a lieu, pour la clarté de l'exposé, de considérer d'une part les larves, ouvriers et soldats, d'autre part les sexués.
2 GÉNÉRALlTÉS SUR LE COMPORTEMENT
A. -Réactions des larves, ouvriers et soldats
La photophobie caractérise l'immense majorité des Termites, habitants des ténebres. D'ailleurs leur cécité et leur dépigmentation vont de pair avec leur « photopathie ». Cette réaction négative plus ou moins forte selon les especes (nous avons signalé quelques especes ma90nnant ou moissonnant en plein jour) n'a été que peu étudiée, sauf chez Kalotermes flavicollis (Richard, 1950).
B. -La photophobie
Elle est le faít des formes non oculées immatures ou neutres. A une certaine valeur de l'éclairement, ni fuite, ni attraction. Des que l'éclairement augmente d'intensité, les Termites s'éloignent de la source lumineuse, la lumiere ne les orientant pas (on opere de préférence sur les larves des 3e et 6e stades). Les larves sous un éclairage tres faible (15/1000 Fe lux) sont indifférentes a la lumiere, pour une valeur de l'éclairement comprise entre 15/1 000 et 15/100 lux, les larves se portent vers la source lumineuse; au-dela, elles s'en éloignent (lOO p. 100).
Le tableau ci-dessous chiffre ces résultats.
| LC/I·ves II/yan! | L arves | Larces se porlan! | |
|---|---|---|---|
| Éclairemen! | SOllrce II/mineuse | indijJérellles | cers sOl/rce luminel/se |
| en II/x | (p. 100) | (p. 100) | (p. 100) |
| 15/ 1000 | O | 100 | O |
|---|---|---|---|
| 15/ 1500 iI. 15/ 100 | 7 | 13 | 80 |
| 15/1 00 | 5 | 95 | O |
| 1/2 | 100 | O | O |
(D 'apres G. RIC~IARD, 1951)
Parmi les larves a longs fourreaux alaires, il en est qui présentent une phototaxie certaine et d'autres qui restent photonégatives. L'reil composé intervient non dans la sensibilité au flux lumineux, mais dans la forme du parcours suivi ver s la lumiere. La sensibilité ala lumiere bleue s'accrolt au fur et a mesure que l'reil composé s'organise.
Richard (1950) a effectué une intéressante expérience. Des larves du 6e stade, nettement photonégatives, sont placées dans un faisceau de lumiere convergente. La larve « fuit » la source lumineuse mais du fait de la convergence des rayons, se porte paradoxalement vers la zone la plus éclairée. Ceci apprend que la direction de la lumiere est le facteur imposant a l'lnsecte son éloignement de la source émettrice. La quantité de lumiere ne joue pas dans le phénomene
LLS ACTlVITÉS ÉLÉMENTAIRES
30
FIG. l. -Trajets suivis par des larves du 6< stade (Kalolermes jlavicollis) dans des faisceaux de lumiére convergente sous des intensités croissantes. La forme du traje! varie en fonction : 10 de I'éclairement au départ; 20 du gradient d'intensité. Les valeurs de I'éclairement son! exprimées en lux (d 'aprés G. RICHARD, 1950).
directionnel. Ajoutons toutefois, que le trajet de la larve du 6e age devient de plus en plus rectiligne au fur et a mesure que l'intensité lumineuse s'accroit. La larve des qu'elIe entre dans le faisceau lumineux se met en mouvement; ses antennes battent rythmiquement, remuant la tete de droite a gauehe et vice versa. Sa réaction s'apparente plus ou moins a une clinotaxie telle que Fraenkel et Gunn l'ont définie (1940) (fig. 1).
En l'absence d'organes photorécepteurs, il faut done attribuer aux téguments une sensibilité ala lumiere. On ne doit pas oublier que les téguments des Isopteres sont minces et translucides et 1 'action direete de la lumiere sur le cerveau et la chalne ventrale n'est pas une hypothese invraisemblable.
c. -La phototaxie positive
Jusqu'au dernier stade nymphal, le 7e, les nymphes réagissent ala lumiere, mais au cours de ce stade leur phototropisme de négatif devient positif. Entre
4 GÉNÉRALITÉS SUR LE COMPORTEMENT
les deux périodes s'intercale un temps pendant lequel la nymphe hésite entre la réaction positive et la réaction négative.
Toutes les nymphes de la fin du dernier age sont phototropiques positives. Il ressort des recherches de Richard que l'apparition de cette réaction chez les nymphes du 7e stade est concomitante de l'acquisition des yeux composés.
Chez les imagos ailés, peu avant l'essaimage et au cours de celui-ci, a la photophobie se substitue donc une phototaxie d 'une rare intensité. Que ce soit au laboratoire ou dans la nature, 1 'ailé se dirige en ligne droite vers la source lumineuse, qui exerce sur lui une invincible attraction.
Richard (1950) en a donné une bonne analyse. Il s'agit, en fait, d'une phototaxie positive d 'un type banal.
Fait étrange, au cours de leur comportement reproducteur, les essaimants perdent leur phototaxie positive (voir Tome n, chapitre Essaimage et fondation des nouvelles sociétés). Nous en avons déja parlé. Contentons-nous de dire que la phototaxie ne disparait pas d'un seul coup. Elle persiste pendant un certain temps chez les membres d'un tandem effectuant leur promenade nuptiale. Séparés et placés dans un faisceau de rayons lumineux paralléles, ils ne fuient pas la lumiére. Le couple d'ailleurs, au terme de sa promenade rituelle est soumis a une autre taxie : le géotropisme positif, qui le pousse a creuser une galerie et une chambre dans le bois ou dans le sol, selon l'espece considérée.
On ignore le processus chimique par lequel est supprimée ou inhibée la phototaxie positive des imagos.
Rappelons que le phototropisme négatif est inhibé chez les larves et les neutres effectuant un déplacement au cours d'une sociotomie, tandis que le phototropisme positif des imagos est aboli. La participation a un certain comportement supprime la réaction phototropique des individus. L'accord de la variation avec les particularités phototaxiques de la caste est en tous points remarquable.
Si les ailés de Triner vitermes bettonianus sont retirés de la colonne marchante et isolés, ils manifestent a nouveau leur phototropisme positif. Par conséquent,
l'intégration de l'ailé au groupe sociotomique est bien la cause de l'abo/ition du phototropisme et inversement pour ce qui est de la photophobie des larves.
Le géotropisme se manifeste dans maintes circonstances de la vie individuelle des Isopteres, mais il dépend tout autant de l'état physiologique que de la caste. Il ne se produit a l'état pur que dans quelques caso
Les membres du tandem, a la fin de leur promenade nuptiale, sont en proie a un intense géotropisme positif qui se combine avec l'activité de creusement de la galerie oblique ou verticale au bout de laquelle ils aménagent le copularium, initium de la termitiere.
Mais ce géotropisme n'apparait pas chez tous les essaimants qui, apres le vol, se laissent tomber sur le sol; nombreuses sont les especes dont les femelles appe1antes grimpent le long des herbes ou d 'autres plantes basses
LES A CTlVITÉS ÉLÉMENTAIRES
et tout en haut du chaume ou de la tige prennent la position d'appel pour attirer les m~l.les.
Dans ce cas, le géotropisme, quel qu'en soit le signe, positif ou négatif, s'integre dans un complexe instinctif dont il n'est qu'un élément adapté aux circonstances (Richard, 1956.)
Chez les ouvriers, le géotropisme s'estompe et ne joue qu'un role effacé; il est difficile a isoler des autres actes dont la séquence forme un complexe instinctif.
FIG. 2. -Réponses des Termites a la pesanteur. En haut, réaction géotropique négati ve des ouvriers de Microcerotermes beesoni dont I'habitat est souterrain; en bas, réponse géotropique positive de larves de Neotennes basei dont I'habitat est le bois mort (d'aprés P. K. SEN SARMA el B. K. G UPTA, 1968).
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En 1968, Sen-Sarma et Gupta ont consacré une courte note aux réactions ala gravité de Microcerotermes beesoni et de Neotermes bosei. Déposés sur des plaques de carton verticales, les ouvriers de la premiere espece placés al'obscurité, se portent vers la partie la plus haute de la plaque faisant preuve d'un géotropisme négatif, les larves agées de la deuxieme espece se rassemblent dans la partie la plus basse de la plaque, manifestant un géotropisme positif (fig. 2).
Les récepteurs sensoriels de la gravité chez les Termites ne sont pas connus et pourtant ces Insectes par leurs réactions (équilibre, rétablissement de leur position ...) attestent que la pesanteur agit sur eux et qu'ils lui répondent selon les circonstances et leur état physiologique. Ni les hypothétiques récepteurs gravitationnels tarsiens, ni les récepteurs antennaires (non moins hypothétiques) n'ont été découverts.
3. -L'HYGROTROPISME
Nous en parlons aussi apropos des rapports que les Termites entretiennent avec l'humidité de l'atmosphere et de la terre (voir p. 589, Tome II).
Goldberg (1973) a étudié expérimentalement l'hygrotaxie de Reticuli
CÉNÉRALlTÉS SUR LE COMPORTEMENT
termes santonensis. 11 note le groupement de sujets reposant sur un substrat plus ou moins humidifié; telles des barres de pliHre dont la teneur en eau va croissant. Les Reticulitermes se groupent dans la zone d'humidité maximale, que l'eau soit distribuée en gradient continu ou discontinu, c'est toujours dans la région la plus humide que les Termites se portent, mais si l'on observe plus finement on constate que ces memes lnsectes ont la faculté de discriminer des humidités peu différentes. Au cours de ses expériences, Goldberg constate que les Reticulitermes « évitent de se fixer al'humidité la plus grande lorsqu'on leur présente a proximité une humidité légerement inférieure a cette derniere ».
Cette observation confirme ce que l'élevage des memes Termites apprend. A saturation, les Reticulitermes (comme les Kalotermes, Bellicositermes... ) sont en condition défavorable, et deviennent malades (attaques bactériennes et autres). A une humidité relative de 98 p. 100, ils retrouvent la santé. Les Kalotermes, habituellement, se satisfont d'une teneur en eau atmosphérique plus basse, 60-70 p. 100.
Il est sur que les Termites possedent la faculté d'apprécier de petites différences de la teneur en eau de leur support comme de l'air atmosphérique.
La vitesse des réactions augmente au fur et a mesure que la température s'éleve; les individus groupés réagissent plus vite et plus intensément que les individus isolés.
Nous avons ailleurs (p. 593, Tome II) traité des besoins en eau des Isopteres ainsi que de l'usage qu'ils font de l'eau dans la c1imatisation de leur nido
4. -LA THERMOTAXIE ET LE PREFERENDUM THERMIQUE
Quelques especes habitent les régions tempérées du Globe; tel est le cas du genre Reticulitermes répandu dans l'hémisphere boréal selon une zone qui, en largeur, se situe entre les 30° et 47° lat. N. Quelques Kalotermitidae pénetrent dans cette meme zone, mais sur des surfaces limitées.
Toutefois, les Isopteres tolerent mal les températures dépassant 30° C. Ils cherchent des biotopes, le plus souvent le sous-sol, ou ils trouvent des températures plus basses (voir chapitre Écologie, le cas des Termites habitant les déserts).
Rappelons que les Termites non Termitidae qui vivent en symbiose avec des Zoofl.agellés perdent leurs symbiotes s'ils sont maintenus aune température supérieure a 31 ° C.
Les réactions des lsopteres aux variations de température ont été l'objet
de quelques études qui ont porté plus sur les conséquences physiologiques que
sur leur nature. Répétons que chaque espece a son thermopreferendum qui
correspond aux conditions extérieures optimales. La température interne des
grands nids épigés, édifiés par les especes tropicales varie entre 27° et 30° C.
Les especes qui hantent le sol ont, elles aussi, leur thermopreferendum : 20° C
pour les Anacanthotermes sahariens; 20-22° e pour les especes d'Afrique équa
toriale vivant sous le couvert d'une végétation épaisse (foret, foret-galerie,
LES ACTIVITÉS ÉLÉMENTAIRES
savane fortement arborée). Le cas des Cubitermes, vivant dans les savanes ou les steppes brillantes du Sahel a été évoqué dans le Tome II, p. 593.
Dans le comportement des Isopteres, deux réactions élémentaires jouent un role fort important; ce sont la thermotaxie et l'hygrotaxie avec deux preferenda correspondants. Les Termites, surtout ceux du sous-sol, se localisent en fonction des deux.
Le nid est abandonné lorsque les conditions physiques qui y regnent s'écartent des valeurs correspondant aux preferenda de l'espece. La localisation des nids souterrains satisfait, généralement, a ces exigences spécifiques.
s. -CHAMP MAGNÉTIQUE TERRESTRE ET COMPORTEMENT
ous avons fait allusion a propos des Amitermes austra[jens (Tome II,
Jusqu'ici, contrairement ace qui a été constaté dans le cerveau du pigeon voyageur, aucune particule de fer (magnétite) n 'a été signalée dans les ganglions cérébroldes des Isopteres.
Becker (1963) a prétendu que les essaimants, sortant de leur nid, s'orienteraient selon le champ magnétique terrestre. Les observations concernent B. bel/icoslIs, Odonlolermes lransvaalensis, Naslllilerl11éS ephralae qui s'orienteraient (axe longitudinal du corps) faisant un angle constant avec la direction .-S. du champ magnétique terrestre. II est le seul a avoir fa it ces constataticns. Parmi les tres nombreuses termitieres quej'ai explorées, je puis affirmer que la celluJe royal e n'a pas d'orientation préférentielle.
Becker a allssi soutenll (! 971, 1979) que les Termites utilisent la direction dll champ magnétique terrestre lorsqll'ils constrllisent leurs galeries. Ce meme champ interviendrait sur I'appétit de certains Insectes dont les Termites (1980). TOlltes ces assertions restent a prOllver : les valeurs fournies par l'allteur sont disclltables.
DANS LES COMPLEXES INSTl N CTIFS
Le role que jouent les activités élémentaires (taxi es et réfiexes) dans le comportement des animaux a été généralement mal compris et il en est résuIté des théories réductionnistes des conduites, théories inadéquates a leur objet.
Jacques Loeb et Pavlov virent en elles l'essentiel du psychisme animal. Les tropismes pour le premier, les réfiexes innés et les réfiexes conditionnés pour le second étaient les pieces maltresses sur lesquelles reposait l'ensemble des conduites animales.
Cette conception excessive est le fait d'hommes de laboratoire qui n'ont
pas observé ['animal agissant, 5ans contrainte, dans son milieu naturel.
Chez les Isopteres, par exemple, phototropisme et géotropisme, meme
8 CÉNÉRALlTÉS S UR LE COMRORTEMENT
seuls a intervenir (ce qui est exceptionnel) s'integrent dans une séquence de réactions (nos complexes instinctifs) ou leur intensité se trouve modulée, atténuée ou exaltée, leur sens inversé. Le réflexe conditionné, tel que Pavlov le conc;oit, ne constitue jamais une conduite cohérente. Ses propres sujets d'expérience en fournissent la preuve.
J'ai assisté a deux séances de salivation en tant que réflexe conditionné déterminé par une sonnerie précédant de tres peu la distribution de viande. Mais les chiens ont, en réalité, une cond uite hautement comp1exe, qu' on en juge. Lorsque l'opérateur prend son tablier, puis le harnais qu'il passe au chien, celui-ci gambade, aboie autour de l'opérateur qu'il connalt fort bien. Le chien bondit sur la table ou se trouve la planche verticale percée d'une lunette dans laquelle il s'empresse de passer la tete. Ces réactions préliminaires suffisent a provoquer la sécrétion d'un supplément de salive ; elles se sont substituées au réflexe conditionné initial, si tant est qu'il ait été acquis isolément, ce qui n'est point sur.
Le réflexe est tres généralement intégré dans une conduite et prend alors une nouvelIe signification éthologique.
Meme lorsque la conduite de l'animal se présente comme une chaine d'actes ( un maillon = un acte) , correspondant d des réflexes, ou d des taxies ( les deux sortes existant dans un meme comportement caténaire) , le réflexe et la taxie apparemment isolés, ne le sont pas, ils sont intégrés d la chaine et par cela méme acquih'ent une nouvelle valeur.
L'essaimage et la fondation d'une nouvelle société donnent une tres bonne idée de cet état caténaire Ccf Grassé, 1942).
L'intégration des actes successifs en un tout cohérent aboutit ala formation de ce que nous nommons : complexe instinctif. Bien entendu, tous ces comportements appartiennent au domaine de 1'inné et figurent a l'état informatif, dans les molécules d' ADN, incluses dans les chromosomes.
Par quels intermédiaires, par quels agents chimiques, la réaction d'abord codée dans l'ARN messager part-elle du cerveau sous 1 'influence de stimuli externes et significatifs et se traduit-elle par un comportement spécifique, nul ne le sait? Nous l'ignorons, n'empeche que l'innéité de la conduite ne se discute plus ; nous sommes surs de sa transmissibilité des parents aleurs descendants.
n. - LE COMPORTEMENT DES SOLDATS DE TERMITES, COMPORTEMENTS AGRESSIFS ET DÉFE SIFS EXCLUS
Le soldat des Termites mérite, abien des égards, une considération toute particuliere : il est une curiosité biologique. Il est la seule créature du monde animal aetre sous la total e dépendance de la société, sans elle, il ne peut rien il meurt C).
(') La larve des Abeilles (genre Apis) est sous la totale dépendance trophique de la ruche.
COMPORTEMENT DES SOLDATS
Sa spécialisation éthologique est peut-etre plus profonde que sa spécialisation anatomique. La double étape de sa formation : la mue en soldat blanc d'un ouvrier, d'une larve ou d'une nymphe dans le cas des Termites non Termitidae, et les remaniements organiques qui se produisent dans le soldat blanc, ont une ampleur au moins égale acelle de la mue de la larve de Cigale en imago ailé.
Les soldats ne participent pas directement aux travaux de la termitiere. Il convient de s'expliquer sur ce point. J'ai vu exceptionnellement un soldat d' Ancistrotermes crucifer portant entre les mandibules une boulette d 'argile, identique a celles que malaxaient les ouvriers ; adeux ou trois reprises, j'ai observé des petits soldats de Bellicositermes bellicosus transportant des larves entre leurs mandibules. c;a et la, on releve dans la littérature scientifique des observations analogues. Grassi (1893) dit avoir vu des soldats de Ka/otermes fla uicollis portant des reufs ou de jeunes larves entre leurs mandibules et aussi un soldat aidant la reine dans sa ponte, lui soulevant et lui frottant l'abdomen. Heath (1903) a assisté une fois aux efforts, d'ailleurs de courte durée, d'un soldat de Kalotermes mordant un morceau de bois.
Ces exceptions n'infirment point la regle d'apres laquelle les soldats ne travaillent ni ala construction du nid, ni al'entretien des jeunes, ni a aucune autre besogne servile de la société. Leur role est avant tout d'etre les défenseurs de la société. Nous (1937) avons fait justice des prétendues fonctions de policiers que leur attribuait Escherich (1909).
Non seulement les soldats ne savent pas s'alimenter, mais chez les especes qui vivent dans la terre, ils ignorent tout du travail de terrassier ou de mineur. J'ai observé a plusieurs reprises le fait suivant : si l'on pratique de petites ouvertures dans les nids en terre des Be/licositermes, des Termes, des Protermes, etc., lorsque le calme est revenu dans la société, les ouvriers hiitivement, a l 'aide de diaphragmes faits en boulettes de terre imbibée de salive, ferment les galeries démolies. Parmi les soldats qui les accompagnent et forment souvent autour d'eux un demi-cerc1e, se tenant tapis contre leur support, prets a bondir, il en est qui restent a l'extérieur, alors que la fermeture des galeries est achevée. lis se heurtent aux diaphragmes et essaient vainement de rentrer dans la termitiere. Incapables de se servir de leurs mandibules, qui feraient pourtant d'excellents outils de terrassier, ils butent contre l'obstacle et ne savent pas l'attaquer. Ils deviennent finalement la proie des Fourmis, attirées de loin par leur odeur.
Le soldat des Termites est, de par son anatomie et son comportement, une sorte de créature monstrueuse, un infirme. Il montre aquels exces conduit une spécialisation poussée a l'extreme : le soldat nasutus des asutitermitinae n'est plus qu'un lanceur de glu, le soldat nasutoide des Rhinotermitinae un émetteur de substances déléteres, etc.
Les soldats ont subi une évolution qui les aurait infailliblement conduits ala disparition si elle ne s'était faite en milieu social. Les ouvriers en méme temps que les soldats évoluaient, acquéraient un comportement qui les pousse agaver les soldats avec le contenu de leur jabot. Sans la synchronie et l'accord des deux évolutions, la caste des soldats n'aurait pu voir le jour.
GÉNÉRALlTÉS SUR LE COMPORTEMENT
III. -L'APPRE TISSAGE SOCIAL SELO GOLDBERG
Quelques auteurs ont essayé de dresser les Termites a effectuer le chemin le plus court pour aller d 'un point a un autre, a parcourir un labyrinthe, pour atteindre un morceau de bois (aliment attractif).
Goldberg (1980-1983) a consacré une importante étude a ce sujet. II confirme que le Termite isolé manifeste une faible activité et se montre incapable de tenir une conduite réguliere, finalisée et par conséquent d'acquérir quoi que ce soit par le moyen de l'apprentissage.
DRO ITE
GAUCHE
boi s
sable humide
FIG. 3. -Labyrinthe en T utilisé dans certaines expériences de GOLDBERG (1980).
Le Termite est l'animalle plus socialisé qui soit : il ne peut rien accomplir de cohérent sans la stimulation de ses congéneres. Les nombreuses expériences de Goldberg cOnDrment les données anciennes de Grassé et Cbauvin (1946).
Mis dans des labyrintbes en T (fig. 3) d'une extreme simplicité (fig. 1 et 2), les groupes de 5 individus sont aussi inéducables que les Termites isolés. Les groupes de 10, au bout de 24 beures, creusent le sable dans la bonne direction et commencent a batir une galerie-tunnel allant du sable au bois. Au bout de 24 beures, on ne voit plus de Termites dans la mauvaise brancbe du T. A vec 50 Termites, l'apprentissage s'effectue plus vi te, en quelques beures; les groupes de 100 donnent sensiblement les memes résultats.
Le labyrintbe a 5 culs-de-sac est appris par 10 Termites, en 24 beures environ, par 25 en 5 a 6 beures, par 50 en 2 a 3 beures, 100 en ] a 2 beures.
Si on porte a 7 le nombre des culs-de-sac, le labyrintbe n'est plus appris par les groupes de 50, alors que les groupes de 300 l'apprennent en quelques beures.
Les causes d'un tel comportement sont assurément diverses et difficiles a appréhender. Quelle est l'infiuence du groupe sur les individus au point d'éveilIer leurs activités motrices et mnémoniques, c'est-a-dire de susciter en eux une forme d'apprentissage? Goldberg (1982) a montré par l'expérience que les Termites qui ont appris a aller dans une direction, a droite ou a gaucbe,
L' APPREN TlSSAGE
y retournent ensuite, meme lorsqu'ils sont transportés dans un labyrinthe propre, sans trace clllmique (p. 135) (voir aussi fig. 4).
A ce propos, on se souviendra que tout apprentissage, comme toute activité constructrice s'effectuant hors du nid, est précédé d'une exploration des lieux qui parait etre un comportement fondamental. Les Termites placés dans un habitat, un lieu qui ne leur est pas habituel procedent a une exploration plus ou moins longue, souvent liée aun état émotionnel. L'activité constructrice ne débute que lorsque l'exploration est achevée et l'émotion apaisée.
1er npprenti ssflge 200 Termile$ Ililifs 100 Tern~ite::; ins t rui ts
111
+ 10::> Te :-m i t e,; flJi fs
11
FIG. 4. -Reticulitermes lucífugus. Expériences d'apprentissage dans un labyrinthe a 2 clois:ms transversales; en bas, plaquette de bois; en hau!, sable humide.
1. Boites d 'origine dans laquelle s'est effectué le l e< apprentissage.
11. Apprentissage avec 100 sujets instruits et 100 sujets naIfs. fJ[. Boites témoins avec 200 sujets na¡fs (d 'apres J. G OLDBERG, 1980).
L'exploration a pour effet de laisser dans les récipients ou se déroulent les essais d 'apprentissage, une foule de traces odorantes si tant est que l'aire sternale frotte le substrat. A ce propos, rappelons que, d 'apres maints auteurs (Stuart entre autres), les Termites découvriraient le trajet le plus court conduisant du sable vers l'appat, un morceau de bois, grace aux pistes tracées a la phéromone sternale. On ne parait pas avoir compris qu'en augmentant le nombre des individus, les pistes odorantes augmentent dans une proportion encore plus forte et forment un enchevetrement inextricable de chemins se coupant, s'entrecoupant, entre lesquels les Termites doivent avoir bien du mal a d~ouvrir la bonne voie. La critique que 1'0n peut adresser aux expériences de Goldberg et a toutes celles du meme genre est que l'appat, le bois, agit
12 GÉNÉRALlTÉS SUR LE COMPORTEMENT
adistance et reste en quelque sorte le stimulus orienteur et que les autres stimuli jouent un role secondaire. Le bois détermine par ses émanations odorantes un champ-gradient qui stimule et oriente la Termite.
Cette critique que j'estime sérieuse ne concerne ni l'existence de l'apprentissage et ni le role que joue le nombre des congéneres sur l'activité et la mémoire individuelle.
Dans nos expériences sur la construction et la reconstruction du nid, nous avons observé le meme role du groupe sur les activités individuelles, mais ne sachant pas si les constructeurs sont toujours les memes ou changent au cours des travaux, il ne nous a pas été possible de parler d 'un éventuel apprentissage.
La reprise de travaux interrompus constitue, semble-t-il, un argument en faveur d'une mémoire, meme longue, chez les Termites. Mais il ne peut y avoir que présomption et non certitude, car une autre explication est possible (voir Tome n, Construction du nid d'Apicotermes lamani). L'Insecte passe par un cyc1e Ol! alternent phases d'activité constructrice avec phases sans activité constructrice; l'arre! et la reprise des travaux (ceci est démontré dans le cas des Polistes, Deleurance, 1957). Ce qui supprime tout role important ala mémoire. Le Termite répond aux stimuli auxquels il est temporairement sensible, selon un cyc1e [ait d'états physiologiques, distincts et vraisemblablement d'origine hormonale.
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CHAPlTRE 11
LA SOCfALITÉ ET SON DÉTERMINISME
Les zoologistes et zoopsychologues qui étudíent les animaux sociaux et leurs mreurs s'intéressent peu au phénomene social élémentaire et a son déterlllÍnisme.
Ce détachelllent a de graves conséquences et provoque des méprises. Par exelllple, on lui doit d'assÍmÍler la formation du couple sexuel et les parad es nuptiales a des phénomenes sociaux e).
Dans ce Traité qui concerne des animaux socialisés au plus haut degré, il importe d'ordonner nos idées, de définir avec rigueur les concepts ann de savoir exactement de quoi on parle.
En cette matiere, les définitions sont d'autant plus utiles que le rassemblement d'animaux en un point de l'espace n'est pas un sur critere de la socialité. Une société est un groupement d'individus provoqué par des causes bien définies, tenant presque toutes ades facteurs internes, propres aux membres du groupe.
Deux grands courants d'idées ont suscité les recherches sur les animaux sociaux dans des directions divergentes, voire opposées, l'un né en France, l'autre aux États-Unis d'Amérique.
1. -LA THESE DARWl lE NE ET SOCIOBIOLOGlQUE
Elle ne s'intéresse pas directement aux caractéristiques essentielles du phénomene social, mais s'efforce d'en montrer la finalité profonde, souvent cachée et malaisée adétecter.
L'inventeur de cette conception ou tout au moins son propagateur fut
W. C. AUee. Son action était motivée par sa religíon (W. C. Allee appartenait
(1) Tel est le cas du livre de N . TIN BERGEN intitulé La vie sociale des animal/x. lntrodl/ction á la sociologie animale (1951) qui concerne non des phénomenes sociallx, mais des comportements sexllels dont les déterminants sont étrangers a la socialité.
DARWINISME ET SOCIOBIOLOGIE
a la secte des quakers et militait en sa faveur) et par son adhésion ala doctrine néodarwinienne. En fait, il est ainsi l'initiateur de la sociobiologie américaine contemporaine, encore que E. O. Wilson le cite peu souvent. Emerson, éminent termitologue, émule d'Allee, peut etre compté parmi les fondateurs de cette pseudo-science.
Selon Allee, l'essence du pbénomene social réside dans la co-opération entre individus réunis (sont réunis, les animaux qui, entre eux, se trouvent et se maintiennent en liaisons sensorielles : visuelles, olfactives, auditives...).
On peut résumer sa tbese par la phrase que voici : sont sociaux les animaux co-opérants. Adoptant l'idée d'Empédoc\e, il admet qu'il existe une co-opération entre les parties de l'Univers qui les rend solidaires : il s'agit d'une « panfinalité ». En vérité, tout se ramene a des interactions auxquelles sans argument légitime, il surajoute une valeur de co-opération qui est incomprébensible si on la prive de finalité.
Allee lui-meme et ses continuateurs ont inséré leur conception de la socialité, un véritable postulat, dans l'idéologie darvinienne dont ils veulent etre les loyaux adeptes.
Cette insertion a eu pour effet immédiat d'enlever a l'éthologie son indépendance en tant que discipline biologique ; elle a perdu sa faculté de choisir ses interprétations, le néodarwinisme impérativement lui impose les siennes.
Allee fut tres impressionné par les travaux de Bohn et Drzewina dans lesquels il crut trouver la justification de ses idées. Il a accordé tant d'importance aux « prémices de la co-opération » qu'il paralt utile d'en donner quelques exemples. Bohn et Drzewina (1920) opérant sur des vers marins Turbellariés du genre Convoluta constatent que ces lnvertébrés résistent mieux ala dilution de l'eau de mer s'ils sont groupés. lIs démontrent que « l'effet d'une substance chimique sur un etre vivant ne dépend pas que de la concentration moléculaire dans le milieu, mais encore de la concentration des individus vivant dans ce milieu ». Cet effet, d'apres Bohn et Drzewina, ne dépend pas davantage de l'épuisement par absorption ou adsorption de la substance chimique qui se fail plus vite par une population que par un individu, mais de bien d'autres facteurs.
Six lots de 300 Con voluta sont répartis dans des boltes de Petri contenant :
Une explication venait naturellement a l'esprit. La masse des Con voluta éleve la salure du milieu et assure sa survie. La réalité est tout autre; la masse des 300 Convoluta pesant environ 3 mg, me me en admettant qu'elle cede des seIs, ne peut relever la salure d'une fac,:on appréciable.
Allee (1928), sur un autre Turbellarié, Procerodes "...heatlandii, répete les expériences de Bohn et Drzewina et obtient les memes résultats. Il constate
16 LA SOCIALlTÉ ET SON DÉTERMINISME
que, mis en nombre considérable dans de l'eau pure, les Procerodes n'élevent pas sensiblement la teneur en chlorures. L'action protectrice revient aux Procerodes eux-memes; elle est due al'ion Ca que les Vers cytolysés ou encore vivants rejettent dans l'eau ambiante. Ce métal exerce une action protectrice sur les animaux marins portés en eau douce, action hors de proportion avec une élévation de la pression osmotique. Connaissant la quantité de Ca expulsé par les Planaires, on constate que, si a de l'eau distillée on ajoute la meme quantité de Ca, on obtient le meme effet protecteur !
Parfois, l'effet de masse -car c'est ainsi que les auteurs franyais désignent la réaction des animaux rassemblés -provoque une autodestruction . Bohn et Drzewina en ont donné un exemple. Plusieurs centaines de Convo/uta introduites dans un verre de montre contenant 2 el d'eau de mer avec du chlorure de potassium dans la dilution N/20 sont tuées par cytolyse en moins de 5 minutes! Si le nombre des Convo/uta est faible, la résistance est beaucoup plus forte.
Des faits analogues ont été observés sur d'autres organismes, sur les reufs et sur les spermatozoldes.
L'effet de masse est une réalité; on 1'a copieusement étudié. S 'il est favorable, AIlee parle d'une co-opération entre membres du groupe, s'il est défavorable d'une dis-opération . Dans ces actions interindividuelles, le biologiste américain voit les phénomenes sociaux les plus simples.
Nous rejetons cette interprétation.
De tels phénomenes different totalement des relations interindividuelles a point de départ sensoriel que sont les phénomenes sociaux. Il s'agit de réactions physico-chimiques qui n'ont pas plus de rapport avec la socialité que n'en ont les phénomenes immunologiques.
Les auteurs américains CAllee, 1927) découvrent dans tout acte social une motivation, plus ou moins automatique, qui est une co-opération. Considérée de ce point de vue, la biocénose dynamique prend les caractéristiques d'un groupement social, une légion d'animaux préparant le milieu convenant a la légion suivante.
Considérant les interactions qui se produisent entre les membres d'une meme population, surtout dans le cas de surpopulation, Allee et ses collaborateurs (1946) ont élevé au rang de principe fondamental : la notion de
co-opération automatique.
Entre individus groupés, au sein de toute population animale, s'exercent des interactions dont la manifestation la plus simple est un effet bénéfique (co-opération ) ou maléfique ( dis-opération ) .
Les rapports interindividuels existent au sein de n'importe quelle population animale.
En fait, Allee et ses émules, quand ils parlent d'une co-opération automatique, ont en vue le résultat d 'effets de masse qui n'impliquent aucune action proprement individuelle. Cette co-opération n'a rien de commun avec ce qu'on désigne habituellement sous ce terme chez I'Homme et chez certains Mammiferes.
Les éleves d'Allee et les sociobiologistes wilsoniens se sont ingéniés a
DARWINlSME ET SOCIOBiOLOGIE
donner au probleme de la socialité des solutions en parfait accord avec la doctrine néodarwinienne, qui est leur intangible credo.
Le terme social a pour eux un sens tout autre que pour nous ; il qualifie, selon eux, les animaux groupés exen;ant les uns sur les autres et vice versa une action, nullement fixe, bénéfique ou maléfique selon les caso
L'appréciation du bien et du mal implique unjugement qui, dans la majorité des cas, est subjectif et imprégné d 'anthropomorphisme.
La conception anglo-saxonne de la socialité a une conséquence tres importante par ses applications ; elle fait de la socialité un phénomene universel, reprenant en cela l'opinion que soutenait Espinas (1877), il Y a plus de 80 ans. Selon la these anglo-saxonne, établir la phylogénie de la socialité de l' Amibe aI'Homme est une opération légitime en accord avec les faits.
Une telle conception de la socialité a pour origine une confusion gravissime, profonde, entre les effets de masse que toute population, queIles que soient les causes du rassemblement, peut subir et les propriétés caractéristiques des animaux sociaux, qui sont spécifiques et sans rapport avec ces effets.
L'effet de masse résulte d'une action que le milieu « biologique )) exerce sur I'individu, alors que la socialité dépend des qualités intrinseques de l'individu, la socialité est indépendante du milieu, ce qui ne signifie certes pas que les animaux sociaux échappent a l'influence de leur environnement.
La socialité étant selon Allee un phénomene universel, il est normal qu'il l'observe chez les plantes.
Dans un article paru dans l'Encyc/opaedia britannica (édition de 1947), il assoit sa doctrine sur les données de la phytosociologie, telle que I 'a conr;ue le botaniste théoricien Braun-Blanquet. Selon Allee, la biosociologie et la phytosociologie ne sont pas étroitement liées a la sociologie humaine, mais ont avec elles des ressemblances. En effet, les deux traitent de groupes ou communautés d 'individus et des relations qui unissent les uns aux autres; elles concernent la dépendance mutuelle, la co-opération et leurs opposés, la disopération et la compétition. Et Allee prend ason compte l'opinion de BraunBlanquet (1932) : « Les valeurs collectives résultant des relations mutuelles des organismes sont le phénomene social ; la co-opération des organismes est le processus social. La communauté a une existence tout afait indépendante de l'individu. ))
Aucun doute ne plane done sur l'interprétation qu 'Allee et lous les zoologistes anglo-saxons donnent de ce qui, selon eux, est la socialité.
Allee insere sa these dans l'idéologie darwinienne; selon lui, I'intégration de deux individus ou de plus en une unité supra-individuelle donne prise a la sélection naturelle et marque un début de vie sociale.
La théorie sociologique d 'Allee et de ses continuateurs n'est pas indépendante, puisque ses interprétations sont soumises ala doctrine darwinienne; de ce fait, elle perd le droit de se dire objective. Elle fait partie intégrante d'un systeme; elle est done passible des critiques sous les coups desqueIles tombe ledit systeme.
Allee (1947) conclut que deux forces, l'une n 'excluant pas l'autre, dominent la vie sociale : ce sont la co-opération et son contraire la dis-opération; elles
18 LA SOCIALlTÉ ET SON DÉTERMINISME
correspondent respectivement aux tendances altruistes et égolstes. S 'opposant aux idées de Herbert Spencer et en accord avec les conc1usions du darwinisme social, Allee conclut que les forces co-opératives sont les plus puissantes, biologiquement et sociologiquement parlant. Des 1947, Allee parle comme les sociobiologistes de 1982 quí ont adopté ses tbeses et fondent comrne lui leur interprétation des sociétés sur des criteres anthropomorphiques et une ídéologie darwinienne.
Les effets du groupement social ou du simple rassemblement sont une chose ; le déterminisme du phénomene en est une autre. La confusíon de l'effet avec la cause est un piege tendu atout instant sous les pieds du bíologiste.
i Allee, ni les sociobíologistes n'accordent d'importance aux différences de nature des groupements d 'animaux.
Tirant les conséquences ultimes de sa doctrine, Allee en arrive a soutenir que la distinction entre la sociologie de l'homme et celle des animaux n'est pas tranchée, mais, puisque les animaux se tiennent loin derriere l'homme pour ce qui est de la pensée abstraite, de la communication symbolique et des institutions culturelles, il y a entre eux et 1 'homme de tres grandes différences quantitathes. Allee laisse done entendre qu'entre l'animal et l'homme n'existe pas de différence de nature. Remarquons en passant que E. O. Wilson, dans sa Sociobiology (1975) a adopté intégralement ces interprétations. Dans ce domaine, il n'a rien innové. .
De fil en aiguille, les biologistes américains ont passé de la notíon de co-opération a celle d'entraide. Au seín d'une société d'Insectes, on peut ramener toutes les' activités tant individuelles que collectives a des manifestations de I 'entraide.
Lorsqu 'une fraction de la société construit l'habitation de tous, qu 'une autre prend en charge le soin des ~ufs, l'alimentation du couvain, du roi, de la reine et des soldats, on se trouve en présence de manifestations altruistes de haut niveau et totalement désintéressées. C'est pour cela que K. Escherich (1934), en bon bitlérien, proposait aux jeunes Allemands la termitiere comrne idéal social Ol! toute manifestation d'égolsme est rendue impossible.
Assimiler le phénomene social a une co-opération conduit a admettre que )'entraide est une des grandes lois de la vie animale. A la fin du siec1e dernier, le prince Pierre Kropotkine (1892), théoricien de l'anarchie, soutenait que l'entraide est l'animateur de l'animal et un des facteurs de l'évolution biologique, sans pour autant nier I'existence de la lutte pour la vie et la sélection naturelle qui en est la conséquence inéluctable. La contradiction des principes ne parait pas avoir gené Kropotkine dans sa dialectique.
La sociobiologie wilsonienne de stricte obédience darwinienne a adopté, sans le dire c1airement, la notion de co-opération en tant que fondement du phénomene social, ce qui lui fait accepter l'entraide en tant que principe directeur des sociétés animales hautement organisées.
Mais il faut etre aveugle pour ne pas voir qu'une telle interprétation releve d'un antbropomorphisme primaire. C'est attribuer aux Insectes, animaux dominés par 1'automatisme, une conscience bu maine. Et les interprétations, en termes d'entraide, données par Hamilton de comportements des Fourmis,
L'INTERATTRACTlON SOCIALE
sont de la meme farine que celle que la bonne Mme Combes (1928-1937) donnait des Formica pompiers de la foret de Fontainebleau et d 'une élite d'ouvrieres! Apres les dresseurs américains qui conversent et ironisent avec les Singes, les sociobiologistes nous dépeignent les Fourmis et les Termites au grand creur qui travaillent pour le seul bien de la société, sans parler des soldats qui vomissent des glus aussi dangereuses pour eux que pour leurs ennemis, ou se font hara-kiri, mettant a l'air leurs tripes dont le contenu empoisonne les Fourmis (cas des Anoplotermes s. /.).
Genes altruiste et égolste n'ont aucune réalité et sont les produits d 'une imagination débridée e).
II. -LA THESE DE L'INTERATTRACTION SOCIALE
L'école fraw;:aise, continuant la tradition empirique des Réaumur et des Fabre, authentiques fondateurs de l'éthologie, attribue la socialité animale aune cause indépendante de la co-opération. Elle met aussi en lumiere que ladite socialité n'a rien d'un phénomene primitif et universel.
En vérité, et on ne saurait trop le répéter, agréger des animaux ou des plantes en un meme site crée de nouvelles conditions de milieu mais ne rend pas pour autant sociaux les individus artificiellement groupés.
Le fail social a sa réalité propre; il n'est pas un épiphénomime produit par le groupement. L'animal est social paree qu'il jouit de propriétés particulieres, intrinseques.
Meme lorsqu'aucun lien de parenté ne les lie, les especes sociales présentent des propriétés analogues qui ont pour effet de maintenir leurs membres assemblés. Le primus movens de toute société réside dans une attraction mutuelle dont l'agent causal peut varier d 'un groupement aun autre (stimulus olfactif, stimulus visueL.).
Les groupements sociaux se caractérisent avant tout par le fai! que l'individu, pris isolément, exerce sur ses semblables une stimulation significative et spécifique, tandis que le groupe (qui peut se réduire el une seule unité) exerce en retour une stimulation non moins significative, non moins spécifique. On peut done par/er d 'une stimulation mutue/le.
L'individu et le groupe constituent des sources stimulantes qui déclencbent chez les sujets soumis aleur influence des réactions qui ont pour effet de les maintenir réunis.
(1) Dans le présent chapitre, nous avons largement exposé la théorie américaine de la co-opération et de I'altruisme, source de toute société, aussi nous abstiendrons-nous de commenter l'article que STARR a consacré ace sujet dans le livre collectif : Social insects. H. R. Hermann, éditeur, 1979 (Academic Press). STARR ne cite aucune des publications que les biologistes européens ont consacrées aux phénomenes sociaux et a la nature de la sociaJité. Bien qu'intitulant son article : « A review 01 modern t/¡eory JJ, il ignore les travaux récents sur les phéromones sociales, peut-etre parce qu'ils sont en désaccord avec la these sociobiologique de l'altruisme et de la co-opération. Cet article est un modele d'information «orientée JJ.
20 LA SOCiAL/TÉ ET SO N DÉTERMiNISME
Du fait de la réciprocité des actions (= interattraction sociale), tout membre d'un groupe social est ala fois un stimulus et un réacteur.
Une telle conception incite, tout naturellement, a admettre la pluralité des causes provoquant le groupement des animaux. D'ou la distinction des « foules )), des groupements pseudo-sociaux, des sociétés, telle que Rabaud (1929, 1937), Picard (1933) et Grassé (1951, 1952, 1954, 1981) l'ont établie.
Prenons un exemple pour nous faire exactement comprendre.
Dans les biocénoses a évolution cyclique, les especes dépendent les unes des autres non par des liens sociaux, mais indirectement par les modifications que les especes successives apportent au milieu, une espece antécédente préparant le terrain a l'espece suivante. Le peuplement change selon un ordre chronologique correspondant aux altérations successives du milieu (calendrier du groupement).
En l'absence de liens interindividuels réciproques, la biocénose n'a rien
d 'une formation sociale.
L'interattraction sociale chez les Terrnites
Les Termites, quelle qu'en soit l'espece, manifestent une vive attraction mutuelle. Si l'on introduit une population forte de 1000 individus dans un récipient contenant de la terre et des morceaux de bois, on constate qu'au bout de peu de temps , les lnsectes se sont insinués sous les bois et s'y sont groupés : 250 individus ici, 300 la, 400 ailleurs ... Au bout de 24 a 36 heures, les Termites ont aménagé des galeries ou chambres et tous habitent le meme réseau.
Devons-nous ajouter que les Termites ne sont jamais seuls? lis travaillent en groupe, ils explorent en groupe, ils récoltent en groupe. Les individus isolés éc1aireurs n'existent pas dans leurs sociétés. On peut dire que, tout au long de son existence, l'individu demeure en liaison sensorielle avec ses congéneres. Le Termite est l'animal le plus fortement socialisé : isolé, il ne sait den faire. La stimulation social e détermine son activité. Comme il a été rapporté (p. 10), Goldberg (1980) a montré que les Termites sont capables collectivement d'apprendre a parcourir sans commettre d'erreurs un labyrinthe, alors que pris individuellement, ils ne le peuvent pas.
Verron (1963) a étudié, tres en profondeur, l'interattraction sociale chez les Termites. 1I utilise un olfactometre qui paralt bien adapté a ses sujets d'expérience (fig. 5). Dans l'appareil vide, la répartition spatiale des Termites est aléatoire; l'introduction dans un des tubes de l'appareil de 40 cadavres frais de Kalotermes flavicollis amene le rassemblement juste au-dessus de ce tube. Les chiffres sont hautement significatifs; « les individus pris comme réacteur sont attirés par I'odeur de leurs semblables )). Par une patiente analyse, Verron a établi, en fonction de la caste, du stade de développement, les degrés de l 'attraction sociale. Les larves de Kalotermes fla vicollis se sont montrées les plus réactives a l'égard de tous les membres de la société. Les imagos ailés sont les moins stimulants (voir p. 22, fig. 6).
L'l NTERATTRACTlON SOCIALE
(/ b
fIG . 5. -Olfactometre de Verron, a, en perspective; b, en coupe transversale. Cet appareil comprend une gouttiere en plexiglas de section rectangulaire longue de 30 cm, large de 5 cm; graduée en centimetres, avec des deux cotés une saillie de 5 mm de large. La gouttiere est fermée dans lOute sa longueur par une toile métallique repliée sur ses bords, pris dans une gorge métallique. dont la section est en forme d' U. L'appareil repose sur six tubes équidistants de 9 cm de haut sur 2,5 cm de diametre; ces tubes contiennent du sable humide jusqu'a 1,5 cm de J"ouverture. Les sujets servant d'attractifs sont déposés a la surface du sable. Les sujets testés sont introduits dans la gouttiere faisant couvercle et courent librement sur la toile métallique.
Les graphiq ues 6 et 7 (fig. 6 et 7) donnent un résumé partiel des résultats obtenus par Verron.
Cet auteur établit que les sujets soumis au jeüne perdent en partie leur attractivité. Est-ce que la substance attractive provient de la dégradation métabolique du bois ou estoce que les eellules glandulaires produetriees de la soeiohormone cessent de fonetionner paree que mal nourries ? On ne sait.
Verron et Barbier (1962) ont extrait de Kalotermes flaácollis une substance qui attire vivement les individus de toutes les eastes; il s'agit d'un hexene-3
| 01-1 qui répondrait ala formule | |||
|---|---|---|---|
| H",C | CH. | CH. OH | |
| 11 | - | - | |
| H / | C | CH, -CHa | |
11 est vraisemblable, mais non certain, que cette substance est la « phéromone soeiale » des Kalotermes. On regrettera qu'elle ait été extraite de eorps entiers et non d'organes isolés. Cette technique ne permet pas de connaítre le site exact ou l'hexene-3 01-1 est synthétisé.
Certains phénomenes qui surgissent au eours de I'essaimage et sont généralement interprétés en tant que manifestations de la sexualité liées al'émission de phéromones, pourraient bien se rattaeher ala soeialité (voir Tome II, p. 71 et suiv.).
En out re, Quennedey (1977, 1978) a fait remarquer que les extraits utilisés par Matsumura et eoll. (1968) pour reehereber la pbéromone de marquage ne provenaient pas de glandes sternales isolées et eontenaient du dodéeatriene-l-01
LA SOCIALlTÉ ET SON DÉTERMINISME
4 5 6 7 8 9 10 11 12 13
FIG. 6. -Réactivité des larves en intermue a l 'égard des différentes castes. En abscisse, réactivité des larves. 1, envers les larves; 2, envers les nymphes; 3, envers les nymphes en mue, 1<e phase; 4, envers les nymphes en mue, 2e phase; 5, envers les imagos ailés 6, avant l 'envol; 6, envers les imagos ailés <¡?, avant l 'envol; 7, envers les imagos ailés 6 apres le vol; 8, envers les imagos ailés <¡? apres le vol; 9, envers les imagos reproducteurs ; la, envers les imagos reproducteurs <¡?; 11, envers les reproducteurs néoténiques 6; 12, envers les reproducteurs néoténiques <¡? ; 13, envers les soldats. S, ligne séparant les résultats significatifs (au·dessus) des résultats non significatifs (au-dessous) (d 'apres H. VERRON, 1963).
2345 6 23456 2 3 ~ 5 6 ti == ;) d = 10 d == 1.-) d = 20
2345 6
FIG. 7. -Réactivité des larves de Ka/otermes jfavicollis á I'égard des nymphes. En ordonnée, le nombre de passages effectués par les sujets réacteurs; en abscisse, les tubes de I'appareil. 3, le tube stimulant; d, nombre d'individus stimulant (d'apres H . VERRON, 1963).
SOCIALITÉ ET SEXUALITÉ
dont l'origine alimentaire (contenu intestinal) est vraisemblable. Cette substance pourrait fort bien intervenir dans l'interattraction sociale.
Brossut (1970) a démontré expérimentalement que l'interattraction sociale chez la Blatte Blabera craniifer est provoquée par une sécrétion volatile (phéromone) produite par les glandes mandibulaires. Le meme auteur (1975, 1980) a donné une revue des publications mentionnant l'interattraction sociale, revue concernant les Insectes et la production probable de phéromones sociales. Le lecteur la consultera avec profit, en prenant süin de séparer ce qui revient a la sexualité et n'a pas de rapport avec la socialité.
lII. -LES RAPPORTS E TRE LA SOCIALITÉ ET LA SEXU ALITÉ
e connaissant pas les impératifs du phénomene social, il n'est pas surprenant que les auteurs anglo-saxons aient mis au rang des phénomenes sociaux les manifestations de la sexualité. Selon eux, tout comportement sexuel est d'essence social e, puisqu'il concerne le plus souvent deux individus de sexes opposés.
Voici, entre bien d'autres, quelques faits qui établissent la différence de nature entre phénomenes sexuels et phénomenes sociaux.
1° La société se maintient en dehors de toute activité sexuelle et parfois hors de la présence des reproducteurs : la suppression du couple royal n'entraine pas la dissociation de la termitiere, pas plus que la mort de la reine ne cause la disparition de la ruche ou de la fourrniliere. Des sociétés peuvent etre unisexuelles, les bandes sociales d 'un sexe étant séparées des bandes sociales d'un autre sexe (ca s de l'Hyménoptere Torymus auratus, Grassé, 1936). Les males de nombreuses especes d'Apiaires forment, au crépuscule, des rassemblements de sommeil, toujours dans le meme site. Les sociétés unisexuelles existent fréq uemment chez les Mammiferes.
2° La société comme l'appétition sociale est durable, permanente. Le couple, dans l'immense majorité des cas, est temporaire (ea s de tous les Hyménopteres sociaux ; la femelle étant fécondée, le maJe meurt peu de temps apres l'accouplement). Dans la vie de la ruche, du guepier comme de la fourrniJiere, tout acte sexuel est exclu.
3° Depuis les études sur la chimie des substances attractives, il n'est plus possible de confondre les phénomenes sexuels avec les phénomenes sociaux. Il est extremement important pour notre propos de faire remarquer que les odeurs (( sociales» sont produites par d'autres organes que les odeurs (( sexuelles ». A l'odeur sociale correspond I'interattraction sociale, aux odeurs sexuelles, l'atTraction sexuelle. A j'attraction sexuelle correspond une substance
24 LA SOCIALlTÉ ET SON DÉTERMINISME
particulil!re : une phéromone sexuelle mate ou femelle e) sécrétée par une glande spéciale; al'interattraction sociale correspond une phéromone sociale sécrétée, elle aussi, par une glande spéciale. Des recherches récentes ont révélé la production de ces phéromones chez les Blattes grégaires : glandes mandibulaires produisant la phéromone sociale, glandes tergales la phéromone sexuelle (Brossut et coIlaborateurs).
La phéromone sociale n'est pas une substance simple, elle est un mélange de 4 composantes : le 2,6-diméthy-4-heptatone, l'octanol et I'undécane. Les memes cellules de la glande mandibulaire produisent 14 autres substances dont les fonctions restent a découvrir e).
Les détecteurs de la phéromone sociale sont des chimiorécepteurs répartis sur les antennes. Les molécules de la substance volatilisée véhiculées par l 'air et frappant les récepteurs sensoriels idoines provoquent une réaction spécifique : dans le cas présent, translation de l'individu vers son semblable stimulateur. Cette sorte de stimulation exige un riche équipement sensorieI. Les Blattes, d'apres Masson et Brossut (1981), disposent de 150000 neurones sensoriels par antenne, dont une fraction importante capte l'odeur (( sociale )J, et sont stimulés par elle. La notion de stimulus significatif prend ici toute son importance.
Ainsi, notre obstination a séparer activité sexuelle et socialité se trouve pleinement justifiée. La séparation vient d'etre confirmée par les nombreux travaux et découvertes concernant les phéromones sociales et les phéromones sexuelles qui sont distinctes.
Non rarement, phénomenes sociaux et phénomenes sexuels s'intriquent dans les complexes instinctifs : tel est le cas de l'essaimage chez les Termites. Au départ, l'essaimage a un incontestable caractere social, ne serait-ce que par les préparatifs qui le précedent et les di verses constructions qu'il suscite; toutefois, sa finalité, la fondation de nouvelles sociétés, passe par la sexualité : formation d'un coupIe, promenade nuptiale, phénomenes suscités par les phéromones sexuelles, copulation. Le social inf1uence le sexuel; ainsi, chez les Termites, les individus ailés, futurs reproducteurs, ne manifestent aucune sexualité aussi longtemps qu 'ils demeurent groupés dans la termitiere. La censure socia/e, dans ce cas, inhibe l'activité sexuelle des imagos qui ne la manifestent qu'apres etre sortis du nid et s'etre isolés.
La formation des couples de sexués chez les Termites releve de l'attraction sexuelle (voir chapitre relatif al'essaimage), et non de l'interattraction sociale. La suppression du couple royal, redisons-le, ne provoque pas la liquidation
FAMILLE ET SOCIÉTÉ
de la termitiere, pas plus que la mort ou le rapt de la reine ne causent la disper
sion des Abeilles ou des Fourmis.
L'appétition génésique des reproducteurs est durable; le roi reste au voisinage, voire au contact de la reine, et copule avec elle plusieurs fois a I'intérieur du nido
Seuls les essaimants manifestent un comportement sexuel complet. Les
sexués de remplacement se contentent de copuler, avec un seul rituel : l'ampu
tation partielle et réciproque des antennes.
Les Termites ailés sur le point d'essaimer ne montrent aucune tendance sexuelle tant qu'ils restent dans leur termitiere d'origine. Ils n'exercent leurs fonctions génésiques que retirés de leur nid, soustraits aI'influence du groupe social qui inhibe en eux toute velléité sexuelle. On a l 'impression que la société fait peser une censure sur le futur essaimant (Grassé, 1942 b).
Dans le cas des Termites, l'observation et l'expérience corroborent l'idée que la vie sexuelle et la vie social e ont des déterminants chimiques, physiques, cycliques distincts.
Il arrive que des comportements, en apparence indépendants de la sexualité, préparent les voies de celle-ci : par exemple, les tubes, les entonnoirs qui font communiquer les cavités internes du nid (endoécie) ave e I'extérieur sont construits par les ouvriers d ' A canthofermes militaris quelques jours avant l 'essaimage.
IV. -LA FAMILLE ET LA SOCIÉTÉ DES TERMITES
Maint naturaliste ou philosophe voit dans la famille le point de départ de toute société animale. L'élevage et 1 'éducation des jeunes retenant les parents aupres de leur progéniture seraient les principaux facteurs agissant dans la création du groupe social.
Cette opinion contient une certaine dose de vérité, mais se heurte a de sérieuses difficultés. Les sociétés simples, telles les bordes migratrices d' Acridiens, ne dérivent pas d 'une famille et ne sont pas un agrégat de fami lles. Aucun lien de parenté n'unit les individus qui les composent, leur grégarisme dépend de l'attraction mutuelle.
Les sociétés familiales temporaires d'Insectes ou d'Aracbnides d'ou le male est généralement absent, se désagregent des que les petits s'alimentent par euxmemes (Mygales, Lycoses, Forficules, Courtilieres, Nécrophores ...). Entre les jeunes et leur mere, toute attraction mutuelle s'éteignant, le groupe se dissocie.
L'état social n'est donc que transitoire.
Si la termitiere peut etre assimilée aune grande famille avec un seul pere (le roi), une seule mere (la mere) et un nombre tres élevé de freres et sreurs, elle n 'a pourtant pas de rapports avec celle des Oiseaux et des Mammiferes. La mise en parallele des sociétés d'Insectes et de Vertébrés, si elle ne s'inspire pas d 'esprit critique, conduit ades interprétations erronées sur lesquelles nous nous expliquons dans le cbapitre intitulé Les Termites et I'Homme.
26 LA SOCIALITÉ ET SON DÉTERMINISME
Le couple royal est bien le fondateur de la société, mais s'il vient a disparaltre, la société ni ne se dissocie, ni ne meurt. Par la formation d'un nouveau couple royal néoténique, ou par l'adoption d'un couple imaginal, la société orpbeline rétablit son équilibre et gagne son salut. Cette réussite est possible paree que les neutres restent groupés, obéissant a l'attraction sociale mutuelJe; l'attraction qu'exerce le couple royal, sur tous les membres du groupe, malgré sa force, n'est qu'une manifestation de l'attraction mutuelle, agent primordial de la cobésion sociale et de la pérennité du groupe. Si la structure d'une société de Termites est assimilable a celle d'une grande famille, un pbénomene propre aux Isopteres lui confere un caractere tres particulier, il s'agit de la formation des castes. Les destinées des membres de la société, bien que freres ou sceurs, varient en fonction des diverses castes : ouvriers, soldats, sexués. La, le